Ce matin dans le quotidien Le Soleil, on apprends que l'Office des transports du Canada (OTC) suspends le certificat d'aptitude de la Montreal, Main and Atlantic Railway (MMA) suite aux événements du mois dernier. Cela veux dire que la compagnie ne pourra plus opérer ses trains en territoire canadien. Il était temps... Entre temps, la compagnie s'est mise sur les lois de la protection de la faillite, disant ne pas posséder les fonds nécessaires pour payer le nettoyage et la reconstruction du village.
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mercredi 14 août 2013
Négligence criminelle à Lac-Mégantic (suite), par Tristan Tremblay
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mardi 9 juillet 2013
Négligence criminelle à Lac-Mégantic, par Tristan Tremblay
Lac-Mégantic. Petite municipalité tranquille du Sud-est québécois. Dans la nuit de vendredi à samedi, le temps s’arrête. Un train de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA) dont les 73 wagons sont remplis de pétrole et autres substances inflammables explose en plein milieu de la ville. La journée suivante, le Québec entier est en deuil. Une catastrophe qui a peu d’équivalents dans l’histoire québécoise. Dès les premières analyses de la chronologie de la catastrophe, l’erreur humaine sera pointée du doigt. En effet, le conducteur aurait oublié d’activer les freins du véhicule, stationné en haut d’une pente de 13 kilomètres de profondeur qui mène au cœur de la ville. Ce matin, dans Le Soleil, on apprend que le PDG de la compagnie mère (Rail World) pointe du doigt les pompiers, qui auraient facilité l’incendie à coup d’erreurs logistiques.
Foutaise!
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| La catastrophe vue de l'espace, photo de la NASA |
Si demain matin, un corps est trouvé criblé de balles au centre ville de Montréal, et que les spécialistes en balistique de la police démontrent sans l’ombre d’un doute que les balles provenaient d’un fusil enregistré a votre nom, on vous arrêtera immédiatement pour vous interroger et subtiliser ce jouet dangereux de votre possession. Et la plupart des gens, incluant moi, trouvent ça tout à fait logique.
Comment se fait-il donc que le PDG de la MMA et celui de la Rail World ne soient pas en train d’être interrogés par la SQ et la GRC en ce moment même? Ils sont pourtant les propriétaires humains de ces compagnies, qui causent des morts.
Pas des dégâts environnementaux, même s’ils sont déjà assez graves lorsqu’ils surviennent. Des morts. Des dizaines de morts. Présentement la SQ n’en dénombre que 13, mais la cinquantaine de personnes manquant toujours à l’appel nous laisse facilement deviner la suite.
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| Edward Burckhardt |
Par-dessus tout ça, on apprend aujourd’hui qu’Edward Burckhardt, PDG de la Rail World, celui-là même qui refuse toute responsabilité en la mettant sur le dos des autorités locales est le père de la ‘’one-man crew’’, une doctrine visant à informatiser les systèmes des trains pour qu’un seul homme soit nécessaire pour les faire fonctionner. Tout ça, pour vouloir sauver de l'argent à une compagnie qui fait déjà des millions en profits annuellement. Vendredi soir, celui qui était responsable du train était assoupi dans un hôtel au moment de la tragédie. Doit-on le blâmer, comme feront probablement plus tard ses patrons? Non. Va-t-il s’en vouloir toute sa vie pour ce tragique incident? Bien sûr. Il ne m'est même pas nécessaire d'ajouter que la MMA est connue pour son lot d'accidents, partout ou ses trains sont en opération
Mais qui est vraiment à blâmer pour ces pertes de vies humaines? Les compagnies responsables, et leurs normes de sécurité ridicule. Comment peut-on possiblement laisser une bombe de cette ampleur à proximité d’une ville, en marche et sans surveillance? Les dirigeants de ces entreprises devraient passer le restant de leurs vies en prison pour négligence criminelle, mais à l’insignifiance de notre système judiciaire, il est plus probable qu’ils aient à verser le montant d’une amende qui n’équivaudra même pas à 10% de leurs profits annuels.
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dimanche 7 juillet 2013
Révoltes et conflits internationaux #1 : La Turquie d’Erdogan, par Colombe Claveau
la récession financière et de la crise de 2001 grâce, entre autres, à un boom de la construction. Depuis qu’il est à la tête du pouvoir, et particulièrement depuis 2011, il instaure peu à peu et avec une omniprésence marquée un programme islamiste, après avoir préalablement affaibli l’influence laïque de l’armée turque. Erdogan a également mis en place une série de restrictions sur les droits de l’homme, notamment en ce qui a trait à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, malgré les améliorations en ce qui concerne le processus d’adhésion à l’Union européenne. En effet, depuis 2011 l’AKP a considérablement réduit la liberté d’expression, la liberté de la presse, l’utilisation d’Internet, le droit à la commercialisation de l’alcool, le droit à l’avortement, le contenu télévisuel, ainsi que la liberté de réunion. La position du gouvernement sur la guerre civile en Syrie est une autre cause de la tension sociale dans le pays. L’AKP a aussi développé des liens avec les groupes de médias turcs, afin d’en profiter pour utiliser des mesures légales et administratives (incluant, dans le cas de la Holding Dogan [compagnie turque opérant dans plusieurs domaines allant de l’énergie au commerce et au tourisme] une taxe de 2,5 milliards de dollars) contre les groupes de médias critiques et les journalistes critiques : au cours de la dernière décennie, l’AKP a construit une coalition informelle et puissante, d’hommes d’affaires affiliés au parti et de médias dont la subsistance dépend de l’ordre politique que M. Erdogan est en train de construire. Ceux qui résistent le font à leurs propres risques. « Silence des médias sur les tentes qui brûlent, les gaz lacrymogènes envoyés par la police, l’humiliation des canons à eau… Le jour où cette violence de la police éclate, les chaines d’informations diffusent des documentaires, des émissions de cuisine. » témoigne une journaliste de NTV.
Le gouvernement est perçu comme de plus en plus islamiste et autoritaire, et il ne s’en cache pas. En 2012, le parlement a voté une réforme de l’éducation qui consistait à renforcer les enseignements islamiques dans les écoles publiques primaires ainsi que dans les collèges et les lycées. Le premier ministre se défend en expliquant qu’il voulait élever une génération pieuse. Certaines personnes ont même été emprisonnées pour blasphème! Sans oublier la décision politique de fermer le musée Sainte-Sophie d’Istanbul pour en faire une mosquée qui a suscité la controverse au sein des communautés progressistes (Mustafa Kemal Atatürk avait converti la mosquée Sainte Sophie pour en faire un musée en l'an 1934), alors que cette décision n’était pas soutenue par d’éminents leaders musulmans de Trabzon. Il est évident que les méthodes auxquelles à recours Erdogan ne sont ni adaptés à la société Turque actuelle, ni aux « six principes d’Atatürk » qui sont à la base de l’occidentalisation du pays.
Le discours prononcé par Erdogan lors de la cérémonie d’inauguration du pont Yavuz Sultan Selim (dont le choix du nom avait été contesté par une grande partie la population) le 29 mai, fut fort révélateur de sa méthode pour contrer les personnes s’opposants à son projet de réaménagement : « Quoi que vous fassiez, nous avons pris notre décision et nous allons la mettre en œuvre », se référant à la décision du gouvernement d’abattre les arbres du parc Gezi de la place Taksim. Le premier ministre, au lieu de consulter le peuple dans le but de trouver une entente avec les contestataires a plutôt opté pour une répression brutale des manifestants. Son projet consistait à construire une réplique de la caserne militaire de l’époque ottomane, Taksim (qui avait été démolie en 1940) qui contiendrait un centre commercial. « Les manifestations sont un tournant pour l’AKP. Erdogan est un homme politique très confiant et très autoritaire, qui n’écoute plus personne. Mais il doit comprendre que la Turquie n’est pas un royaume, et qu’il ne peut pas s’imposer à lui tout seul, à Istanbul, depuis Ankara. » (Koray Çaliskan, politologue à l’Université du Bosphore d’Istanbul)
Présentement, les manifestations sont incessantes en Turquie, et les gens réclament le départ de celui qu’ils nomment dictateur; Recep Tayyip Erdogan. Le premier ministre a entamé un projet qui consiste à raser le parc afin d’y faire construire un énorme centre commercial ainsi qu’une mosquée neuve. Pour une grande partie de la population, le fait que le projet a obtenu carte blanche sans consultation publique objective et sans tenir compte des lois en vigueur fut l'élément déclencher de leur protestations. Les manifestations s’entamèrent et prirent rapidement expansion. Jusque-là, elles étaient entièrement pacifiques et se déroulaient principalement dans le parc Gezi. Puis le premier ministre ordonna une répression violente de ses manifestations; il donna l'ordre qu’on fasse évacuer le parc de tous contestataires. Les forces de l’ordre utilisèrent des moyens drastiques afin de forcer les indignés à quitter le parc : canon à eau, gaz et grenades lacrymogènes et mêmes des tirs sur les manifestants, sans compter les coups de matraque et les violentes arrestations allant parfois jusqu’à causer de graves blessures aux manifestants (plusieurs ont perdu leurs yeux suites à une trop longue exposition aux gaz lacrymogènes). Ce mouvement d’indignation qui ne cesse de prendre de l’ampleur est d’autant plus révélateur que la solidarité qui se dégage des regroupements; les protestataires viennent d’horizons très variés, et les revendications sont nombreuses et diversifiées. On y retrouve des partisans de droite aussi bien que de gauche, des nationalistes turcs ainsi que des Kurdes. Durant les affrontements, on peut voir des jeunes revendiquant le retour de la laïcité, le corps couvert de tatouages venant en aide à des femmes voilées, victimes de gaz lacrymogènes. Les vidéos largement diffusés à travers les médias sociaux montrent la brutalité excessive des policiers, mais aussi les gestes de solidarité exemplaire qu’ont les manifestants les uns envers les autres. Ils se battent ensemble, côte à côte afin de renverser le dictateur corrompu. Les revendications des manifestants vont des préoccupations environnementales locales aux revendications des limitations de vente d’alcool, à l’interdiction de démontrer son affection à l’autre par des baisers dans les transports publics à Istanbul, à la guerre en Syrie, à l’islamisation de la Turquie par Erdogan, et surtout au départ du premier ministre.
Pourtant, rien n’est vraiment venu à bout des manifestants qui continuent encore aujourd’hui à sortir dans
les rues pour revendiquer leurs droits. Au départ, les manifestants s’étaient emparés du parc Gezi et de la place Taksim puis des rues de la capitale. Maintenant les revendications sont nombreuses partout à travers le pays; Ankara, Bursa, Izmir, Adana, Mersin, Eskisehir, Samsun, Trabzon, Konya et Bodrum, plus d’une quarantaine de villes sont touchés. Il faut comprendre l’enjeu politique qui se joue en Turquie, car bien que les médias affirment qu’il ne s’agit que d’une histoire d’aménagement provoquant des indignés, cet évènement vient seulement concrétiser les craintes de la population. Le parc Gezi est un des derniers emplacements verts de la ville. En effet, depuis la prise du pouvoir par Erdogan en 2002, ce dernier tente par tous les moyens d’islamiser ce pays, pourtant reconnu pour sa laïcité et son droit à l’exemption de l’éducation religieuse dans les écoles. Depuis qu’il est au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan a multiplié les réformes liberticides. Plusieurs de ses obligations briment les droits de la femme; l’avortement est considéré comme un crime pour Erdogan, l’exhortation faite aux femmes d’avoir au moins trois enfants et même le rouge à lèvres est interdit pour les hôtesses de l’air. Ce qui inquiète le plus; les dérives du gouvernement, surtout dans une Turquie qui est pourtant très attachée à sa laïcité. Les cours de religions auparavant interdits sont devenus obligatoires à l’école et le port du voile est maintenant autorisé à l’Université. Il est évident pour tous que sous l’emprise d’Erdogan, l’islamisation de la société est en marche. La Turquie est déchirée en deux : d’un côté les laïcs, et de l’autre les conservateurs et défenseurs du premier ministre. Dans certains quartiers pro-islamistes, son image est affichée partout, et certains l’acclament haut et fort. Pourtant, depuis environ deux ans un nombre inquiétant de journalistes se sont fait jeter en prison, les empêchant ainsi de diffuser actuellement via les médias traditionnels. Ils ont été menacés de différentes manières, la principale étant de couper leur financement, qui dépend beaucoup des financements publics. Une chose est sûre, les manifestations en Turquie ne laissent personne indifférent; à travers le monde, plusieurs s’accordent à dire qu’à partir du moment où les intellectuels et les journalistes sont emprisonnés, c’est un signe inquiétant qu’il y a un lourd problème dans le pays.
En début juin, la 1re Cour administrative a fait annuler le projet d’aménagement urbain de la place Taksim en affirmant que la population locale n’avait pas été consultée pour ce projet. Le tribunal a expliqué son jugement par le fait que le plan du directeur du projet viole les règles de préservation en vigueur et l’identité de la place Taksim et du parc Gezi. Pourtant cette décision n’a été rendue publique que cette semaine, et fut accueillie comme une victoire par certains des opposants au projet qui désirent reprendre le contrôle de leur parc. Le premier ministre avait déclaré dans le plus fort de la crise, le 14 juin, que son gouvernement respecterait la décision finale de la justice et qu’il suspendait les travaux d’aménagement, « jusqu’à un jugement définitif », a-t-il précisé. Malgré cela, samedi le 6 juillet après une courte période de calme, quelque 10 000 manifestants se sont rejoint une fois encore sur la place Taksim pour réclamer la démission du premier ministre et afin de commémorer l’assaut de la police dans le parc Gezi de la semaine dernière. La police affirme que durant les trois premières semaines de juin plus de 2,5 millions de personnes sont descendues dans la rue. Selon l’association des médecins turcs, ces manifestations ont causé quatre morts et environ 8000 blessés. Aujourd’hui la répression de ce mouvement a valu à Ankara, et particulièrement au premier ministre Erdogan un grand nombre de critiques venant de partout à travers le monde. Un sondage mené par le cabinet privé KONDA sur un échantillon de 4411 manifestants, 50,9 % sont des femmes. Aussi, 35,6 % d’entre eux participent aux manifestations tous les jours, et 31 % affirment y faire acte de présence depuis le début des manifestations. Pour ce qui est des motifs qui les poussent à descendre dans la rue, 58,1 % dénoncent les atteintes à la liberté, 37,2 % s’opposent à l’AKP et à sa politique, 30,3 % y vont en réaction aux propos et déclarations de Recep Tayyip Erdogan, et 20,4 % y sont pour l’écologie. Bien entendu plusieurs sondages ont été faits dont les cas et les pourcentages divergents selon l’échantillon et la période durant lesquelles ils ont été effectués.
À lire aussi : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/29/elisa-etudiante-francaise-detenue-quatorze-jours-en-turquie_3438757_3214.html
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mercredi 26 juin 2013
L'accord secret de Stephen Harper, par Guillaume Campbell
Des années de « lobbying » auront finalement payé pour le Canada. En effet, le gouvernement fédéral voulait depuis longtemps être admis au « Trans-Pacific Partnership » qui inclut désormais l’Australie, le Chili, le Mexique, La Nouvelle-Zélande, le Pérou, le Vietnam, les États-Unis, etc. Et pourtant, après avoir été accueilli de façon formelle, le gouvernement Harper n’avait aucune intention de divulguer les termes de cette entente.
Alors pourquoi un gouvernement qui avait promis de multiplier agressivement les accords de libre-échange avec le monde veut maintenant cacher ce traité à la population? Selon les opposants du TPP, Stephen Harper essaye de passer cette entente sous le silence, car il a peur qu’elle sème la controverse. Plusieurs aspects de nos vies pourraient en être affectés, allant des règles de téléchargement Internet jusqu’à la manière dont nos aliments sont produits.
Cet accord, entre autres, pourrait criminaliser les téléchargements illégaux à petite échelle. Présentement, les contrevenants peuvent recevoir une amende allant jusqu’à 5000 dollars si le téléchargement est à des fins non commerciales, mais le TPP pourrait forcer le Canada à instituer des peines criminelles selon plusieurs groupes de protection du consommateur.
L’Article 16 d’un document divulgué par la TPP contraint également un pays à créer des conséquences juridiques pour les fournisseurs Internet, les rendant responsables si un usager télécharge du contenu privé en utilisant leur service. Cette mesure ferait, conséquemment, augmenter la surveillance de nos habitudes sur Internet.
De plus, même la facture à l’épicerie pourrait être affectée par cet accord. En effet, le TPP avait choisi d’exclure le Canada des négociations en premier lieu à cause de son système de gestion des approvisionnements. Ce système assure un contrôle sur le prix de certains aliments fondamentaux comme le lait et les œufs. Une entente avec le TPP voudrait dire que le Canada est prêt à abandonner ce système. Et bien que beaucoup de Canadiens pensent que libérer le marché égalerait à des prix plus bas, les partisans du système en place disent qu’il n’y a aucune raison de penser que les prix iraient en diminuant et que le marché ne serait que plus difficile pour les agriculteurs locaux.
Bref, une entente avec le TPP veut dire moins de libertés individuelles pour tous les Canadiens. En plus de rendre le marché encore moins stable pour les entreprises locales. Le fait qu’on garde ces informations secrètes du public est, selon plusieurs, inacceptable. On dirait, une fois de plus, que Stephen Harper tente d’américaniser le Canada en acceptant des mesures drastiques en faveur des grandes entreprises.
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jeudi 13 juin 2013
La politique moderne: #2: la démocratie, ou fabrication du consentement public, par Tristan Tremblay
Mais en est-il réellement ainsi?
Pour le citoyen moyen, nous vivons dans une période de libertés individuelles et collectives, et le système présent est probablement le meilleur jamais conçu par l’humanité. Ces opinions qui sont majoritaires dans la société d’aujourd’hui découlent d’un insidieux contrôle de la presse par les élus, ou plutôt par une minorité opulente qui contrôle elle-même nos institutions soi-disant démocratiques. Ces « sorciers du monde entier, chefs de gouvernement et responsables de grandes sociétés, ministres d’État et hommes de Dieu, experts et politiciens » pour citer la presse américaine, tirent en fait les ficelles d’une dictature économique inconcevable. Ces mêmes bourgeois qui ont mené les grandes révolutions contre la monarchie ont érigé un monde à leur image, contrôlant l’opinion publique des masses par une propagande impeccable. Les compagnies qui financent les partis politiques se sont faites maîtres des médias de masse qui informent la population. Ainsi, les grands de l’économie de marché contrôlent à la fois l’opinion publique et les gouvernements. Ce n’est donc pas le peuple qui décide des lois, et pas non plus les élus. Les multinationales contrôlent tout; du système de justice aux politiques internationales des différents États. Et les exemples ne manquent pas; il y en a une infinité! La démocratie, qui au départ était un idéal politique ou le peuple avait le choix de son avenir est devenue une corporatocracie, ou dictature des marchés financiers. Les dirigeants politiques, particulièrement aux États-Unis (et par extension au Canada), savent très bien ce qu’ils ont à perdre.
Les élus sont le plus souvent issus de la classe aisée, et aussitôt qu’un régime démocratique veut enlever les privilèges des riches et ainsi améliorer les conditions de vie des pauvres, il est renversé par un coup d’État, et quelques années plus tard, on apprend que ce putsch a été commandité par la CIA. C’est arrivé en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie et dans d’innombrables autres pays d’Amérique du Sud et du monde entier. En effet : les riches contrôlent les compagnies. Et les compagnies sont nécessaires à l’hégémonie économique que les Américains ont sur le monde. Citons donc un des pères fondateurs des États-Unis, pays démocratique par excellence : « Quand je parle du public, j’entends sa partie rationnelle. L’ignorant et le vulgaire sont aussi peu qualifiés pour juger des modes de gouvernements qu’incapables d’en tenir les rênes. »
James Madison, quatrième président des États-Unis, nous dit que si les élections « étaient ouvertes à toutes les classes du peuple, les droits des propriétaires terriens ne seraient pas en sécurité et une loi agraire ne tarderait pas à être votée ». Une loi agraire, c’est une loi qui divise également les terres du pays entre ses concitoyens. Le système démocratique devait donc être conçu afin « d’assurer les intérêts permanents du pays », donc d’assurer les intérêts de la minorité opulente qui le gouverne.
En d’autres mots, non seulement les travailleurs qui vont voter aux quatre ans n’ont aucun pouvoir, mais ils n’ont droit ni à une éducation ni à un niveau de vie similaire à la minorité gouvernante. Edward Barneys, grande figure du secteur des relations publiques américaines, dit que « la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions des masses est un élément important dans une société démocratique » et que « les minorités intelligentes doivent faire un usage continuel et systématique de la propagande, car elles seules comprennent les processus mentaux et les habitudes sociales des masses, et peuvent tirer les ficelles qui contrôlent l’opinion publique. »
Et il en va de même pour le Canada et le Québec. Peu importe où nos votes vont, les élus n’ont que très peu de pouvoir face aux multinationales et à la machine de propagande de l’élite de notre société. La démocratie telle que définie par le dictionnaire n’a donc jamais existé. Faut-il en conclure qu’il est impossible d’atteindre le stade d’État par voie démocratique?
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dimanche 9 juin 2013
La politique moderne: #1: le capitalisme, ou paradis des entreprises, par Tristan Tremblay
Cet article est le premier d’une série de 5 articles destinés à expliquer les fondements nébuleux de la politique moderne. À lire pour tout ceux qui s’y intéressent, mais ne savent pas ou commencer pour mieux la comprendre.

L’Académie française nous dit que le capitalisme est un « régime économique dans lequel les moyens de production sont propriété privée ». En termes plus simples, cela signifie que les sources d’argent dans une société (que ce soit les ressources, les entreprises, les divertissements, les services sociaux ou autres) appartiennent et sont contrôlés majoritairement par des individus (ou des groupes d’individus). Ces personnes, qui possèdent la majorité de l’argent en circulation dans un pays donné, deviennent les principaux acteurs de la scène publique et du gouvernement de cet état. La plupart des pays occidentaux ont adopté le capitalisme comme modèle pour leur système économique et politique. Doublé de l’idéal démocratique, il est apparu évident que ce système est celui qui favorisait le plus le développement économique d’un pays. Par contre, les sociétés capitalistes ont toujours la liberté individuelle comme première valeur sociale, ce qui entraîne des débordements incontrôlables dans l’abus des travailleurs, la propagande et le monopole économique. La primauté de la liberté individuelle sur tout autre principe entraîne une dégradation impressionnante des libertés nationales et collectives. On laisse les citoyens faire et dire ce qu’ils veulent (trop souvent n’importe quoi) et au bout d’un moment on voit apparaître des inégalités marquées ainsi que des non-sens politiques, sociaux et culturels (ouvrez le Journal de Québec ou de Montréal et vous verrez!).
Ce système politique, qui est toujours en vigueur au Canada, aux États-Unis, en Europe et dans la majorité des pays à travers le monde nous vient d’une période critique de l’histoire de la civilisation : la découverte des Amériques. En effet, cette période qui a facilité les échanges économiques a permis à certaines entreprises de devenir les premières multinationales, préparant ainsi le monde à l’ère du capital. Quelques centaines d’années plus tard a eu lieu la révolution industrielle, qui catalysera le phénomène en amenant des sommes d’argent faramineuses dans les mains des propriétaires d’entreprises. Cela entraînera un appauvrissement des pays en voie de développement au profit d'un enrichissement marqué des superpuissances capitalistes.
« Capitalisme », c’est avant tout un mot utilisé par les politologues pour définir un groupe de concepts qui mènent notre société. Premièrement, la recherche du profit. Dans une société capitaliste, les gens cherchent à s’enrichir afin de connaître une vie plus luxueuse et d’avoir plus de pouvoir sur la suite des choses. Ensuite, l’accumulation du capital. En d’autres termes, les capitalistes désirent posséder le plus de biens matériels monnayables possible, pour encore une fois accroître richesse et influence à la fois. Troisièmement, le capitalisme amène une dissociation du capital (le matériel utilisé pour produire des biens ou des services qui rapportent ensuite de l’argent) du travail individuel. Dans un tel système, les gens travaillent pour des compagnies qui possèdent leur lieu de travail, leur matériel, etc. Ces compagnies vendent le résultat et c’est une minorité de personnes qui font le profit final. Pour justifier le travail des ouvriers (tous ceux qui travaillent et qui ne sont pas dans des postes de décision au sein de leur entreprise), le capitalisme entraîne le salariat. Alors les gens travaillent toutes leurs vies pour obtenir de l'argent, monnaie qui leur permet ensuite de mener leur vie de façon plus ou moins confortable. Mais le travail n’est pas rémunéré également, et pas non plus selon l’effort. Par exemple, des gens sans éducation et qui n’apportent pas grand-chose à la société peuvent devenir riches à la bourse, dans le domaine de l’immobilier ou via la fondation d’entreprises. D’autres, ayant des études très utiles, ne sont pas engagés, car leur travail n’est pas très profitable aux dirigeants des entreprises qui dirigent notre société. Enfin, la société capitaliste prévoit la régulation par le marché. Si le système est défaillant, il faut augmenter ou diminuer la masse salariale, couper des postes où en créer, créer de nouveaux produits, et tout ira bien. Tous ces produits, ces logos, constituent une culture inventée qui remplace notre patrimoine historique. La société est donc ancrée profondément dans le trou sans fin des financiers et spéculateurs diverses. Si les bourses chutent, l'argent vaux moins cher et la qualité de vie des citoyens baisse, même si cela n'est dû qu'à une variation théorique de chiffres qui n'affectent que l'argent des plus fortunés.
Ce système, pour pouvoir être accepté du peuple, s’est historiquement caché sous le manteau de la démocratie. Comment un système pourrait-il abuser de son peuple s’il est mis en place et défait par cette même population? En fait, la vraie démocratie n’est pas possible au temps de l’information. La propagande, plus accessible à ceux qui possèdent du capital monétaire, influence de façon non négligeable le résultat des élections, ce qui les rend illégitimes. Ce sera le sujet du prochain article de la série.
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